vendredi, 25 janvier 2008

David LeBreton - Le silencieux

13a364189c6c52ce5b228c81df3354d1.jpg"La dénomination de 'silencieux' n'apparaît jamais dans une culture où la parole est rare et le silence tenu pour une vertu première, un tel terme qualifie plutôt l'individu qui introduit par son abstention une turbulence dans le régime habituel de la parole. Même si telle n'est pas son intention le silencieux est souvent perçu avec dépit comme quelqu'un qui cherche à laisser entendre qu'il en sait long ou que sa réflexion propre a dépassé de longue date les questions soulevées par ses interlocuteurs. Mais le silencieux n'a peut-être rien à dire, il s'ennuie ou ne trouve pas l'occasion de saisir son tour de parole, son régime de discours est plus sobre que celui de ses compagnons, il est intimidé, ou bien il préfère écouter les autres. <...> Toute dynamique de groupe est ainsi hantée par le silence, celui général qui soulève la pertinence ou non de prendre la parole, et le silence éventuel de l'un des membres qui, immanquablement, suscite la position conciliante ou agressive des uns et des autres, et finit par imposer au coupable de se justifier dune telle attitude <...> La parole n'est donc pas seulement un droit, mais une exigence qui sécurise le lien social en dissipant le mystère qu'incarne par-devers lui celui qui se tait<...> Le silencieux porte à son insu l'énigme de la parole absente et laisse miroiter l'horreur d'une société sans langage."

4 jours de répèt, 4 pas de géants...

e82695799c1c884314b1e091448bbefc.jpgJe viens de finir ma première semaine de travail avec Vincent et Estelle. J'ai vraiment pu profiter d'eux pour tester un max de sons. Estelle commence vraiment à s'en emparer et je me rends compte combien la sensation que procure un comédien peut changer complètement l'audition d'un son, et du coup raconter complètement autre chose sur le plateau. Nos axes de travail semblent juste et j'ai l'impression que ce spectacle va vraiment avoir de la gueule. Marrant cette sensation de justesse. Comment peut-on définir que tel ou tel son est juste par rapport au plateau ?
Un de mes axes est la création de silence (évidemment). Pour l'instant, ma ligne directrice est une horloge qui fait tic-tac pendant tout le spectacle. Cette ligne est enrichit par certains sons qui vont évoluer au fur et à mesure du spectacle et surtout par la voix d'Estelle qui la couvre ou pas (un peu comme une mélodie que l'on orchestre, mais je ne suis pas musicien). Quand ces sons disparaissent, on retourne à l'horloge seule : création de silence. Il ne faut évidemment pas se restreindre à une définition du silence qui s'apparente à une absence de bruit. Non ! le silence que je recherche est un silence intérieur (comme dans une église par exemple), une suspension du temps pour être un peu plus précis (Oh, temps suspend ton vol!).
Par cette horloge, j'essaie de créer une nouvelle temporalité (celle du plateau). Se pose alors la question du silence réel, celui du temps présent qui apparaîtra lorsque l'horloge s'arrêtera...

samedi, 19 janvier 2008

David LeBreton - l'impossible silence de la communication

b5e7b119288cc5dc45179c35fb5aa63a.jpeg"La modernité est l'avènement du bruit. le monde résonne sans relâche des instruments techniques dont l'usage accompagne la vie personnelle ou collective. Mais la parole elle-même est sans fin, relayée par tant de porte-voix. Non pas celle toujours renaissante et heureuse de la communication journalière avec les proches, les amis ou les inconnus avec qui se sont noués des contacts, celle-là demeure et donne chair à la sociabilité. Mais une autre parole change de statut anthropologique celle des médias, des réseaux, des téléphones, des portables, etc. Elle prolifère, ne sait plus se taire, et court le risque de ne plus être écoutée. Envahissante et rassurante, elle érige une communication fondée sur le seul contact, où l'information est secondaire où il importe plutôt de manifester la continuité du monde"

Début de répèt...

441ccca3bc1e06e54e9ddf6b8f2f7714.jpgEt bien voilà, le travail avec Vincent a démarré. Première étude avec Estelle. C'est toujours délicat de s'intégrer à un groupe de création même si là, nous ne sommes que trois. Réussir à ce que ma présence soit acceptée par tous et que le travail entre le metteur et scène et la comédienne reste le même. Cette confiance (c'est pareil pour tout les métiers) va me permettre de pouvoir proposer plus facilement des choses, d'aller plus loin dans la relation comédien - son. Comme on s'en doutait, cette première étude a été difficile pour Estelle du fait de ma présence. Difficile mais enrichissante y compris pour moi. Je peux enfin poser des images sur un texte, je peux enfin confronter mes idées sonores à un corps en jeu, un début de concrétisation.
Je cherche à ce que mes sons prennent vie. Et le seul moyen d'y parvenir est qu'ils jouent avec le comédien, ou plutôt que le comédien joue avec eux, comme un personnage invisible, mais sensible. Ce qui implique une compréhension du parcours intérieur du comédien pour pouvoir agir avec justesse et enrichir la mise en scène.
Le travail est pour l'instant un travail d'observation, de compréhension de ce vers quoi Vincent essaie de tendre. Beaucoup d'écoutes, de notes, de discussions à la table qui me sont difficiles par moment car mon corps est inactif. J'aurai envie déjà d'envoyer des sons, de tester telle ou telle place pour une enceinte, mais ce serait mettre en danger Estelle dans une phase de travail nécessaire pour elle.
La grande qualité que je reconnais chez Vincent, c'est sa capacité à dire les choses très sincèrement et sans affect. Quand on travaille, c'est pour le plateau et non pas pour notre égo. J'ai mis du temps à comprendre. Et c'est cette confiance mutuelle (confiance en la capacité professionnelle de l'autre) qui permet ces échanges constructifs pour la mise en scène.
On ré-attaque dès demain, et déjà le travail aura vraiment avancé...

jeudi, 10 janvier 2008

David LeBreton - Aspiration au silence

aacd1219c013dc63330f032a20ce376d.jpg"Le seul silence que l'utopie de la communication connaisse est celui de la panne, de la defaillance de la machine, de l'arrêt de transmission. Il est une cessation de la technicité plus que l'émergence d'une intériorité. Le silence devient alors un vestige archéologique, un reste non encore assimilé. Anachronique dans sa manifestation il produit le malaise, la tentative immédiate de le juguler comme un intrus. Il souligne les efforts qui restent encore à fournir pour que l'homme accède enfin au stade de l'homo communicans. Mais simultanément le silence résonne comme une nostalgie, il appelle le désir d'une écoute sans hâte du bruissement du monde. L'ébriété de paroles rend enviable le repos, la jouissance de penser enfin l'évènement et d'en parler en prenant le temps dans le rythme d'une conversation qui avance à pas d'homme en s'arrêtant enfin sur le visage de l'autre. Et le silence, de refoulé qu'il était prend alors une valeur infinie. La tentation est parfois grande d'opposer à la "communication" profuse de la modernité, indifférente au message, la "catharsis du silence" en attendant que soit pleinement restaurée la valeur de la parole." Je risque de citer souvent cet auteur et son livre...

mardi, 08 janvier 2008

Mes projets du moment

Je travaille actuellement sur 3 projets. Par ordre chronologique :

    Je fais parti d'un collectif de création, WOS (Work On Stage). Nous exposons du 26 mars au 17 mai 2008 à Synesthésie, (Saint Denis). Synesthésie est, entre autres, un centre d'art virtuel. Il possède un tout petit lieu d'exposition, mais leur principale activité est sur la toile (http://www.synesthesie.com) A partir d'une architecture d'intérieur (crée par Claire Dehove et Cléo Laigret), nous avons réalisé des prises de vue et de son à partir desquelles nous avons émis des hypothèses qui reconnectent les espaces de travail avec leur potentiel imaginaire. Ces hypothèses sont traduites par de petites séquences filmiques que voici http://workonstage.org  Ce site n'est que l'antichambre du site WOS qui verra le jour en même temps que le vernissage. Je vous y invite évidemment.

    Deuxième projet avec Kristelle Paré, une plasticienne photographe québécoise que j'ai connu au théâtre du Peuple (dont je reparlerai). Le vernissage se ferait au mois de mai (à confirmer). Le travail en collaboration avec une danseuse jouerait du rapport entre intime et voyeurisme, entre désir et pulsion. Nous devrions enregistrer des musiciens début février. Le travail sonore consisterait, à partir d'un lieu du quotidien (une cuisine, par exemple), à faire entrer le spectateur progressiviement dans une représentation en incluant la musique enregistrée. A travailler... Le blog de Kristelle :http://kristellepare.spaces.live.com/

    Le troisième projet en cours est en collaboration avec Vincent Rivard, metteur en scène et Estelle Clément-Bealem, comédienne. Nous montons "24 heures d'une femme sensible" de Constance de Salm. Roman épistolaire du 19ème, il décrit le labyrinthe passionnel dans lequel plonge une jeune femme au prise avec la jalousie. Très bien écrit, très drôle et touchant. Nous le jouons pour la première fois à Avignon en juillet. Plus de renseignements sur le blog de Vincent http://et-soudain-plus-rien.over-blog.com/

dimanche, 06 janvier 2008

Prélude...

Et bien voilà! Edouardo l'a voulu, je l'ai fait !!!

Mon premier blog est ouvert. je ne sais absolument pas ce qu'il va devenir.

J'm'appelle David Geffard et travaille dans le son, du théâtre à l'art contemporain. Edouardo est un ami italien qui travaille dans le cinéma (spécialité image). Il veut savoir ce que je fais dans mon métier. Donc y'aura des extraits de bande-son que j'ai pu réaliser ou des sons que j'aime et des liens vers les personnes avec qui je travaille, des photos de spectacle, des textes sur l'art et le théâtre, etc...

Trève de blabla, je m'y attèle de suite...

 

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