samedi, 19 janvier 2008

David LeBreton - l'impossible silence de la communication

b5e7b119288cc5dc45179c35fb5aa63a.jpeg"La modernité est l'avènement du bruit. le monde résonne sans relâche des instruments techniques dont l'usage accompagne la vie personnelle ou collective. Mais la parole elle-même est sans fin, relayée par tant de porte-voix. Non pas celle toujours renaissante et heureuse de la communication journalière avec les proches, les amis ou les inconnus avec qui se sont noués des contacts, celle-là demeure et donne chair à la sociabilité. Mais une autre parole change de statut anthropologique celle des médias, des réseaux, des téléphones, des portables, etc. Elle prolifère, ne sait plus se taire, et court le risque de ne plus être écoutée. Envahissante et rassurante, elle érige une communication fondée sur le seul contact, où l'information est secondaire où il importe plutôt de manifester la continuité du monde"

Début de répèt...

441ccca3bc1e06e54e9ddf6b8f2f7714.jpgEt bien voilà, le travail avec Vincent a démarré. Première étude avec Estelle. C'est toujours délicat de s'intégrer à un groupe de création même si là, nous ne sommes que trois. Réussir à ce que ma présence soit acceptée par tous et que le travail entre le metteur et scène et la comédienne reste le même. Cette confiance (c'est pareil pour tout les métiers) va me permettre de pouvoir proposer plus facilement des choses, d'aller plus loin dans la relation comédien - son. Comme on s'en doutait, cette première étude a été difficile pour Estelle du fait de ma présence. Difficile mais enrichissante y compris pour moi. Je peux enfin poser des images sur un texte, je peux enfin confronter mes idées sonores à un corps en jeu, un début de concrétisation.
Je cherche à ce que mes sons prennent vie. Et le seul moyen d'y parvenir est qu'ils jouent avec le comédien, ou plutôt que le comédien joue avec eux, comme un personnage invisible, mais sensible. Ce qui implique une compréhension du parcours intérieur du comédien pour pouvoir agir avec justesse et enrichir la mise en scène.
Le travail est pour l'instant un travail d'observation, de compréhension de ce vers quoi Vincent essaie de tendre. Beaucoup d'écoutes, de notes, de discussions à la table qui me sont difficiles par moment car mon corps est inactif. J'aurai envie déjà d'envoyer des sons, de tester telle ou telle place pour une enceinte, mais ce serait mettre en danger Estelle dans une phase de travail nécessaire pour elle.
La grande qualité que je reconnais chez Vincent, c'est sa capacité à dire les choses très sincèrement et sans affect. Quand on travaille, c'est pour le plateau et non pas pour notre égo. J'ai mis du temps à comprendre. Et c'est cette confiance mutuelle (confiance en la capacité professionnelle de l'autre) qui permet ces échanges constructifs pour la mise en scène.
On ré-attaque dès demain, et déjà le travail aura vraiment avancé...

jeudi, 10 janvier 2008

David LeBreton - Aspiration au silence

aacd1219c013dc63330f032a20ce376d.jpg"Le seul silence que l'utopie de la communication connaisse est celui de la panne, de la defaillance de la machine, de l'arrêt de transmission. Il est une cessation de la technicité plus que l'émergence d'une intériorité. Le silence devient alors un vestige archéologique, un reste non encore assimilé. Anachronique dans sa manifestation il produit le malaise, la tentative immédiate de le juguler comme un intrus. Il souligne les efforts qui restent encore à fournir pour que l'homme accède enfin au stade de l'homo communicans. Mais simultanément le silence résonne comme une nostalgie, il appelle le désir d'une écoute sans hâte du bruissement du monde. L'ébriété de paroles rend enviable le repos, la jouissance de penser enfin l'évènement et d'en parler en prenant le temps dans le rythme d'une conversation qui avance à pas d'homme en s'arrêtant enfin sur le visage de l'autre. Et le silence, de refoulé qu'il était prend alors une valeur infinie. La tentation est parfois grande d'opposer à la "communication" profuse de la modernité, indifférente au message, la "catharsis du silence" en attendant que soit pleinement restaurée la valeur de la parole." Je risque de citer souvent cet auteur et son livre...